Un nouveau médicament pour soigner le paludisme, à un coût abordable, efficace pour tous – enfants et adultes – sera enfin disponible en Afrique dès le mois d’avril. Déjà, une vingtaine de pays africains, sur les trente et un où il pourrait figurer comme traitement de première ligne, l’ont inscrit dans leur protocole de soins. Son nom, un peu laconique, sera bientôt aussi connu que celui de la chloroquine si longtemps préconisée dans la lutte contre cette maladie et devenue de moins en moins fiable en raison des résistances que lui oppose le parasite Plasmodium Falciparum (le plus répandu parmi tous ceux que transmet la piqûre du moustique anophèle) : ASAQ, contraction symbolique des deux substances pharmacologiques qui le composent – AS comme artesunate, principe actif de l’artemisinine extrait d’une plante chinoise, l’armoise ; et AQ comme amodiaquine. Cette formule « deux en un » était très attendue par l’Organisation mondiale de la santé, qui, depuis l’année 2000, a engagé tous les acteurs sanitaires à mettre au point des combinaisons thérapeutiques plus durables, car plus difficiles à contourner par le parasite. Lancé officiellement à Paris le 1er mars dernier, ce petit cachet à la prise simplifiée qui évite les oublis par le patient d’une posologie multiple résulte du partenariat innovant d’une association à but non lucratif, DNDi (Initiative pour des médicaments en faveur des maladies négligées) et d’un leader de l’industrie pharmaceutique, quatrième sur le marché mondial, Sanofi/Aventis. Le site de fabrication pour l’Afrique (situé au Maroc) est, selon l’industriel, « conforme aux normes internationales et respecte les standards de qualité du groupe, tels que définis au plan mondial ». Précision qui n’est peut-être pas superfétatoire pour ceux qui pourraient avoir des doutes sur un produit destiné en priorité à l’Afrique mais dont pourront aussi bénéficier bientôt l’Asie et l’Amérique latine, où le paludisme fait aussi des victimes. À noter que, vendu à prix « coûtant » (voir encadré), l’ASAQ n’est pas breveté ; ce qui le rend immédiatement disponible et n’inclut pas de monopole. Cette « première » dans le partenariat public-privé mise au service d’une urgence sanitaire mondiale préfigure, semble-t-il, la mise au point d’autres médicaments contre le paludisme – mais aussi la leishmaniose et la maladie du sommeil… longtemps oubliées et désormais réhabilitées dans les projets de la fondation DNDi.